En août 2026, la société danoise de paiements Inpay A/S a reçu l’ordre de cesser d’établir de nouvelles relations commerciales avec les entreprises de jeux en ligne après que Finanstilsynet a découvert de graves violations de la loi sur le blanchiment d’argent. Cette mesure fait suite à une inspection anti-blanchiment menée en mars 2026.
Le 20 août, la restriction a d’abord été présentée comme une démarche volontaire de la part de l’entreprise. Toutefois, la décision publiée par le régulateur montre qu’un ordre formel sous-tend cette décision. La mesure n’est pas exhaustive : elle ne révoque pas la licence d’Inpay ni ne l’empêche de servir ses clients actuels, mais elle interdit à l’entreprise d’ajouter de nouveaux clients dans le secteur des jeux jusqu’à ce que Finanstilsynet soit convaincu que les lacunes identifiées ont été corrigées. Cette affaire est également significative car elle démontre comment la supervision liée aux jeux peut s’étendre au-delà des opérateurs eux-mêmes pour inclure l’infrastructure de paiement qui les soutient.
Inpay est une institution de monnaie électronique danoise autorisée en vertu de la loi sur les paiements, avec une part importante de son activité liée aux paiements transfrontaliers pour des clients d’entreprise dans le secteur des jeux en ligne. Le régulateur a identifié trois principales lacunes : un manque de diligence raisonnable lorsque la situation d’un client change, une évaluation inadéquate de l’objectif et de la nature prévue des relations avec les clients de jeux classés à haut risque, et des faiblesses dans le suivi continu.
Finanstilsynet a qualifié ces violations de graves, soulignant l’ampleur et la complexité des relations client affectées, y compris les structures de propriété et les activités transfrontalières couvrant plusieurs pays. L’ordre empêche Inpay d’établir de nouvelles relations avec des entreprises de jeux tant que l’entreprise ne peut pas documenter que les infractions ont cessé.
Le régulateur s’est moins concentré sur la mécanique des transactions de paiement individuelles que sur les risques présentés par la clientèle d’Inpay dans le secteur des jeux. Les lacunes affectaient la majorité des clients d’Inpay dans ce secteur, qui représentaient une part significative du volume total des transactions de l’entreprise. De plus, de nombreux clients étaient basés en dehors du Danemark et, dans certains cas, en dehors de l’UE. L’entreprise manquait également de visibilité sur les dépôts effectués par les utilisateurs finaux des opérateurs de jeux.
Selon le régulateur, ces lacunes créaient un risque réel et substantiel qu’Inpay puisse être utilisé dans le cadre de jeux illégaux ou de services de paiement non agréés. Cette distinction est cruciale car les opérateurs de jeux agréés et non agréés ne sont pas soumis au même niveau de supervision réglementaire. Le Danemark maintient un registre officiel des opérateurs de jeux agréés, soumis à des exigences réglementaires, y compris en matière de lutte contre le blanchiment d’argent.
Les opérateurs de jeux agréés utilisent une gamme de méthodes de paiement, telles que les cartes, les virements bancaires et les services de paiement tiers. Les options disponibles, ainsi que les frais et les délais de retrait, peuvent varier entre opérateurs. Le registre de l’Autorité danoise des jeux vise à indiquer quelles entreprises sont autorisées à opérer sur le marché, plutôt que de comparer les méthodes de paiement ou les temps de traitement de chaque opérateur.
L’affaire Inpay est importante car les fournisseurs de paiement occupent une position centrale entre les opérateurs de jeux et le système financier au sens large. Des contrôles faibles à ce niveau peuvent générer des risques qui s’étendent au-delà de tout opérateur unique.
D’autres marchés européens ont également utilisé les contrôles de paiement comme partie de leur réponse aux jeux non agréés. Par exemple, la Norvège restreint les banques de traiter certains paiements vers et depuis des opérateurs de jeux non autorisés en Norvège, et a introduit le blocage de DNS pour les sites de jeux non agréés. Les deux approches fonctionnent différemment : le blocage des sites vise l’accès à un site de jeux, tandis que les restrictions de paiement ciblent l’infrastructure financière qui permet les dépôts et retraits.
Les lignes directrices de l’Autorité bancaire européenne sur les facteurs de risque de BC/FT identifient l’implication dans le secteur des jeux comme un facteur pouvant contribuer à un risque accru de blanchiment d’argent et de financement du terrorisme. La décision concernant Inpay peut donc être considérée comme une partie d’une tendance de supervision plus large dans laquelle les institutions financières sont censées comprendre la nature de leurs clients dans le secteur des jeux, leurs structures de propriété et les risques associés à l’activité transfrontalière.
Le message plus large de l’affaire Inpay est que la distinction entre l’activité de jeu agréée et non agréée est pertinente non seulement pour les régulateurs de jeux, mais aussi pour les institutions financières. Un fournisseur de paiement avec une clientèle significative dans le secteur des jeux peut devoir démontrer qu’il comprend quels clients sont autorisés à opérer, comment ils sont structurés et comment les risques sont surveillés au fil du temps. Au Danemark, la politique en matière de jeux et la supervision des opérateurs relèvent des organismes gouvernementaux et réglementaires compétents, y compris l’Autorité danoise des jeux et le cadre établi en vertu de la loi sur les jeux.
Pour Inpay, le problème restant est la preuve. La restriction peut être levée une fois que l’entreprise démontre à Finanstilsynet que les manquements identifiés ont été corrigés. Aucun délai fixe n’a été annoncé. Jusque-là, Inpay peut continuer à servir ses clients de jeux existants, mais ne peut en ajouter de nouveaux. Cette affaire rappelle utilement que la réglementation des jeux s’étend de plus en plus au-delà des licences et des règles publicitaires. Les fournisseurs de paiements, les banques et autres intermédiaires financiers doivent également comprendre d’où proviennent les fonds liés aux jeux, qui est derrière les entreprises qu’ils servent et si les garanties réglementaires appropriées sont en place.
Bertrand Robert est un rédacteur expérimenté dans le domaine des jeux d’argent en ligne et des casinos en lignes.