Le Brésil envisage d’interdire les programmes de fidélité et de cashback dans le secteur des paris

Le 18 mars 2026, le Sénateur Eduardo Girão a présenté le projet de loi n° 1018/2026 visant à modifier la loi n° 14 790/2023, remettant en question les pratiques de rétention des clients dans le secteur des paris réglementés au Brésil. Cette proposition législative cherche à interdire largement les mécanismes destinés à stimuler ou maintenir l’activité des utilisateurs sur les plateformes de paris à cotes fixes. Le projet de loi propose d’interdire plusieurs outils d’engagement couramment utilisés. Les opérateurs ne seraient plus autorisés à offrir des incitations en cashback, même sous forme de montants fixes. Les programmes de fidélité, les systèmes de récompenses basés sur des points et tout avantage lié aux pertes accumulées seraient également supprimés. De plus, les structures promotionnelles basées sur le comportement des joueurs, telles que les offres dépendant des dépôts ou du maintien de soldes de compte, seraient interdites. Cette proposition identifie ces stratégies comme augmentant la fréquence des paris ou l’exposition financière des utilisateurs. Les éléments de « gamification » seraient également éliminés. Les plateformes ne pourraient inclure des missions, défis ou systèmes de classement liés à la performance ou à l’activité des joueurs. Ces fonctionnalités, souvent utilisées pour encourager l’engagement répété, sont considérées comme contribuant à une interaction prolongée des utilisateurs. Les pratiques de communication feraient l’objet de nouvelles restrictions. Seuls les messages classés comme « informatifs, institutionnels ou éducatifs » seraient autorisés. Un contact personnalisé basé sur l’historique individuel des paris, y compris les e-mails ou notifications incitant à effectuer des dépôts, serait interdit. Les opérateurs seraient également tenus de fournir une transparence concernant les algorithmes influençant les recommandations aux utilisateurs ou leurs comportements sur les plateformes. Cette proposition s’appuie sur des actions réglementaires antérieures au Brésil, où les bonus de bienvenue ont déjà été interdits. Selon Girão, les opérateurs ont évolué vers des méthodes indirectes pour maintenir l’engagement, remplaçant les offres promotionnelles traditionnelles par des systèmes de rétention plus complexes. Il a exprimé des inquiétudes quant aux effets plus larges des paris légalisés, déclarant que le secteur a « introduit un scénario de profonde préoccupation sociale, économique et institutionnelle ». Le Sénateur a souligné la nature structurelle des risques liés aux jeux d’argent, notant : « C’est une activité dont la logique économique même dépend de la perte répétée de l’utilisateur, ce qui impose à l’État le devoir d’agir fermement pour atténuer ses effets néfastes ». Le projet inclut également des dispositions pour que le ministère des Finances établisse des critères techniques pour identifier les comportements compulsifs liés aux activités de paris. Ces mesures visent à renforcer la surveillance des pratiques des opérateurs et à réduire les dommages potentiels. Girão a ajouté que l’approbation de cette proposition représente une mesure nécessaire pour atténuer les effets sociaux négatifs de l’activité, préserver la dignité économique de la population brésilienne et améliorer l’équilibre réglementaire du secteur. Si elle est approuvée par le Congrès national, la législation accorderait aux opérateurs agréés une période de 90 jours pour se conformer aux nouvelles exigences. Durant cette période, les entreprises devraient ajuster les fonctionnalités de leurs plateformes, réviser leurs stratégies marketing et mettre à jour leurs cadres contractuels. La proposition arrive dans un contexte de débat continu autour de la régulation des jeux d’argent au Brésil. Les dirigeants politiques continuent d’exprimer des points de vue divergents sur le rôle et l’impact du secteur. Les récentes déclarations du Président Luiz Inácio Lula da Silva, qui a décrit l’addiction aux jeux d’argent comme une « tragédie », ont alimenté la discussion. Son appel à une action plus forte contre les paris en ligne a suscité des réactions de la part des représentants de l’industrie. Ramiro Atucha, fondateur et PDG de Atucha Strategic Advisory, a critiqué l’approche et mis en garde contre les conséquences non intentionnelles. Il a déclaré : « J’ai du mal à croire qu’une personne aussi intelligente que [Lula] ne saura pas que les joueurs vont finir par se tourner vers le marché non réglementé. Tous les problèmes qu’ils énumèrent concernent les opérateurs non réglementés, pas les opérateurs réglementés. » L’évolution du projet de loi n° 1018/2026 déterminera si le marché réglementé du Brésil subira un autre changement structurel, notamment dans la gestion des relations avec les clients et les stratégies d’engagement à long terme par les opérateurs.